Bordeaux Aquitaine Marine

La saga des Chantiers de la Gironde à Bordeaux par Alain Clouet

Note liminaire : L’histoire du site du quai de Brazza des chantiers de la Gironde est particulièrement longue et compliquée, longue parce que elle s’étale sur presque trois siècles, compliquée car ce site a changé plusieurs fois de nom et de propriétaire. Il en est découlé de nombreuses confusions dans les articles consacrés ce site. Afin de bien situer ce site rappelons d’abord qu’il fut établi sur la commune de Lormont, mais fut ensuite rattaché à la commune de Bordeaux. De même, s’il fut situé quai de Queyries, cette partie du quai fut par la suite renommée  quai de Brazza, nom qu’il porte aujourd’hui. Enfin, tout au long de son histoire, ce site fut affublé de surnoms, son nom complet étant difficile è énumérer dans le langage courant. Nous ne retiendrons que le plus significatif qui fut celui de “France-Gironde” attribué dans les années 1960. Le diagramme présenté ci-contre permet de suivre l’évolution chronologique du site. Les noms écrits en noir correspondent à la période “Schneider” de la vie de ce site.

A. Historique des chantiers

CHANTIERS ET ATELIERS DE LA GIRONDE (SCHNEIDER) 1882-1921

En 1880, le chantier Bichon, après des années très difficiles, se lance dans d'importants investissements. Pour les financer, il sollicite la participation de la société Schneider. 11-4-1882 cette fin va se créer une nouvelle société, les Chantiers et Ateliers de la Gironde au capital de 3.5 millions de francs, avec une participation majoritaire. Le premier directeur fut M. Le Belin de Lionne. 1883 : les chantiers Chaigneau vont rejoindre la nouvelle société. 1883 : le chantier de Lormont dispose d'un équipement important : 4 cales (2 de 127 m, 1 de 120 m et 1 de 135 m). La cale N°1 disposait d’un pont roulant permettant la pose de plaques de blindage. De 1892 à 1904, ce sont 45 "torpilleurs numérotés" qui vont être livrés, entre autres 1898 : ils livrent l'aviso d’instruction Nadiedja à la marine bulgare. Fin 1902 : allongement de la cale N°1 de 12 m pour la porter 147 m, et pouvoir construire le cuirassé Vérité. 1905 : le conseil d'administration est composé de : Emile Mercet, président; Ferdinand Périer, vice-président; marquis Louis de Chasseloup-Laubat; Edgard Dufilhol; Charles Duplomb; amiral Jean Nabona; Jules Rostand; Eugène Schneider. 1906 : nouvel allongement de la cale de 33 m. 1907 : début de la construction de la grande cale de radoub dotée d’un pont de 140 tonnes. 1912 : première utilisation du bassin de radoub pour une construction neuve. Cette même année, le chantier accepte la commande du voilier France, causant la surprise générale alors qu’il n’avait construit que 2 navires marchands dans les 40 dernières années. C’est aussi cette année que fut confiée aux Chantiers la construction du Kangourou, navire tout à fait spécial commandé par les chantiers Schneider de Châlons-sur-Saône pour transporter les sous-marins qu’ils vendaient à l’étranger. Ce navire avait son avant démontable pour entrer les sous-marins dans sa cale. 1914 : Le bassin de radoub est rallongé et porté à 201 m. Le chantier se lance dans la construction d’un dock flottant de 1900 t pour le port d’Oran. Au total, 72 bâtiments de guerre ont été construits depuis la reprise par Schneider. 1914-18 : activité réduite par le manque de main-d’œuvre. 1919 : M. de Paris prend la direction. 1920 : montage de la grue de 250 t qui restera an activité jusqu’en 1985. 1921 : absorption de la Société Normande de Construction Navales. 1923 : ouverture de l'école des chantiers destinée à la formation de la maîtrise, "l'École Pratique des Chantiers de la Gironde". Cette école réputée fermera ses portes en 1965. 1925 : le conseil d'administration est composé de : MM. Joseph Noulens, président; Louis Lion, vice-président; Jules Aubrun; Charles de Beaumarchais; Georges Bénard; marquis Louis de Chasseloup-Laubat; Charles Duplomb ; Claude Juliotte; Théodore Laurent; amiral Jean Nabona; R. Robart; comte Armand de Saint-Sauveur; comte H. de Saulces de Freycinet.

ATELIERS ET CHANTIERS DE LA GIRONDE (1927-1928)

2-1927 : dépôt de bilan et reprise par la Société d’Exploitation des Ateliers et Chantiers de la Gironde sous la direction de M. Beugras, ancien directeur des usines Schneider. C’est Schneider et Cie qui reprend le chantier en gérance.

FORGES ET CHANTIERS DE LA GIRONDE (1929-1959)

Vue générale des chantiers 1929 : la société est liquidée, remplacée par les Forges et Chantiers de la Gironde. La nouvelle société s’oriente de plus en plus vers la marine marchande et la réparation navale. 11 nov. 1939 : l'Etat commande trois avisos de la classe Chamois. 24 juin 1940 : après la chute de la France, arrêt de la construction des trois avisos et sabordage de l'aviso Beautemps-Beaupré alors en essais pour éviter sa capture. Le chantier s'arrête pendant la guerre. 1945 : réouverture des chantiers avec une activité réduite faute de main d'œuvre. 1955 : construction du Jauréguiberry, dernier navire de guerre construit aux chantiers. Puis survient la crise de la Construction Navale par suite de la reconstruction des Chantiers détruits pendant la Guerre, de l'accroissement des moyens de production dus à leur modernisation et aux nouvelles méthodes de travail ; l'offre devenait très supérieure à la demande ; d'autre part, la concurrence étrangère devenait de plus en plus sévère, en particulier celle du Japon. Cette crise atteignait surtout la gamme de navires (8.000 tonnes - 30.000 tonnes) que pouvait construire le Chantier de Bordeaux. Devant cette conjoncture, le Gouvernement Français en 1959, a publié un Livre Blanc dont les conclusions aboutissaient à une réduction du nombre des Chantiers et à une reconversion totale ou partielle de certains d'entre eux. C'est face à cette Crise et aux impératifs gouvernementaux qu'il devenait indispensable pour le Chantier de Bordeaux d'entreprendre une reconversion partielle de set activités.

ATELIERS ET CHANTIERS DE DUNKERQUE ET BORDEAUX

1960 : renommé Ateliers et Chantiers de Dunkerque et Bordeaux. Ainsi, ils avaient en construction au début de 1961, un minéralier de 10000 tdw et deux cargos de 14.980 t et mirent en chantier le 27 avril le minéralier Mékambo de 21688 tx, un des trois plus gros navires de commerce français.

CONSTRUCTIONS INDUSTRIELLES ET NAVALES DE BORDEAUX.

1968 : les deux chantiers sont scindés entre les Ateliers et Chantiers de France-Dunkerque et les Constructions Industrielles et Navales de Bordeaux. N’ayant pas obtenu les aides demandées à l’Etat, le chantier ferme en 1970 et le site est abandonné.

B. LE CHANTIER EN 1965

extrait d’article. Les chantiers couvrent une superficie de 250.000 rn², dont 61.000 environ sont couverts. L'infrastructure comporte le long de la Garonne, 3 Cales de maçonnerie de 170 mètres. 173 mètres et 182 mètres de long, un Bassin de Radoub de 202 mètres de long, un Quai d'Armement do 120 mètres de long prolongeant un appontement de 40 mètres de large et un autre appontement de 30 mètres de large environ. Les engins de levage du Chantier comprennent :     une grue de 50 tonnes à 25 mètres permettant la manutention des blocs préfabriqués et desservant deux cales.     un portique roulant de 40 tonnes sur une autre cale.     un portique roulant de 140 tonnes au-dessus du bassin.     une grue de 250 tonnes et une grue de 518 tonnes, le long du quai d'armement.     un transbordeur de 250 tonnes, permettant de passer les éléments lourds au- dessus de l'ancienne voie ferrée PARIS-BORDEAUX, provenant do la Gare de la Bastide, qui traverse le Chantier.     6 grues Titan de 5 tonnes, desservant les cales. la grue de 250 tonnes L'effectif actuel comprend 25 Ingénieurs. 350 Mensuels et 950 Ouvriers.  Jusqu'en 1960, l'Entreprise dont la Construction Navale constituait l'activité principale et presque exclusive a livré près de 300 navires de tonnages variables de 600 tonnes à 30.000 tonnes Sous-marins, Avisos. Escorteurs, Cargos, Paquebots, Pétroliers, Minéraliers, Transports de Gaz. Ses différentes Nefs, Mécanique, Chaudronnerie, Tuyauterie, Serrurerie, Ventilation, Montage bord, Menuiserie et Electricité, étaient occupés à des travaux exécutés sur les navires. Seule, une partie des Ateliers de Chaudronnerie et Mécanique était réservée à l'exécution de commandes autres que les navires. Des sommes très Importantes ont été investies au cours des dernières années pour moderniser le Chantier, afin de lui donner les moyens nécessaires à une mise en œuvre de méthodes modernes de construction. Puis, en 1960 les Chantiers de DUNKERQUE et les Chantiers de BORDEAUX ont fusionné dans le but d'unir leurs efforts et de mettre en commun leurs moyens afin d'attendre une plus grande efficacité et de meilleurs prix de revient. Les Chantiers de DUNKERQUE sont spécialisés dans la construction des navires de gros tonnage, tandis que ceux de BORDEAUX se spécialisaient dans les navires au dessous de 30.000 tonnes. Mais dans le même temps, survenait la crise de la Construction Navale par suite de la reconstruction des Chantiers détruits pendant la Guerre, de l'accroissement des moyens de production dus à leur modernisation et aux nouvelles méthodes de travail ; l'offre devenait très supérieure à la demande ; d'autre part, la concurrence étrangère devenait de plus en plus sévère, en particulier celle du JAPON. Cette crise atteignait surtout la gamme de navires (8.000 tonnes - 30.000 tonnes) que pouvait construire le Chantier de BORDEAUX. la cale de construction Devant cette conjoncture, le Gouvernement Français en 1959, a publié un Livre Blanc dont les conclusions aboutissaient à une réduction du nombre des Chantiers et à une reconversion totale ou partielle de certains d'entre eux. C'est face à cette Crise et aux impératifs gouvernementaux qu'il devenait indispensable pour le Chantier de BORDEAUX d'entreprendre une reconversion partielle de set activités. Une reconvention est une compétition très difficile, car l'introduction de nouvelles fabrications suppose une recherche préalable d'un secteur dont les débouchés doivent être suffisants et la concurrence pas trop sévère et pouvant utiliser au maximum le personnel disponible de l'Entreprise. Elle entraîne une réorganisation complète et une modification de structure, ainsi qu'une adaptation des méthodes et du personnel. Une reconversion exigeait donc, aussi bien une reconversion des activités qu'une reconversion du personnel, en particulier de son esprit. C'est à l'ensemble de ces problèmes très ardus que la Société FRANCE-GIRONDE s'est attelée depuis le commencement de la crise de la Construction Navale, Actuellement, un nombre important de ces problèmes ont trouvé leur solution. La physionomie du Chantier est aujourd'hui la suivante: Trois secteurs principaux d'activité ont été aménagés ou créés dans le Chantier.

1 - DEPARTEMENT NAVAL

Ce secteur s'est spécialisé dans la construction de navires de petit tonnage (navires de pêche, Transports de gaz liquide, Bacs, etc., ainsi que dans un certain nombre d'activités para- navales telles que Barges de recherche de pétrole ou de travaux maritimes. Dans ce secteur, le Chantier cherche à développer son activité Réparation Navale.

2 - DEPARTEMENT MECANIOUE ET

CHAUDRONNERIE

L’atelier chaudronnerie L'Atelier Mécanique à été modernisé pour permettre d'assurer, en sous-traitance, toutes commandes de mécanique générale dont ont besoin les Industries de la Région, principalement celles qui viennent de s'implanter. En Grosse Tôlerie, le Chantier a développé ses fabrications de Condenseurs. Réfrigérants, Chaudières. Enfin, dans ce secteur, il a été monté une fabrication de Matériel de Blanchisserie Industrielle, on collaboration avec la Société d'Exploitation des Blanchisseries et Teintureries de France.

3 - DÉPARTEMENT CONSTRUCTIONS INDUSTRIALISEES

Ce secteur est entièrement nouveau et réalise des bâtiments Industriels de 1 à 2 niveaux, à ossature métallique et murs rideaux. Les modes do construction et les modulations choisies permettent l'adaptation de ces bâtiments à des programmes diversifiés, soit pour l'Éducation Nationale, soit pour des projets départementaux et municipaux, soit pour tout projet industriel. Le Chantier a déjà réalisé de nombreuses Écoles, Laboratoires, bâtiments administratifs et cherche à étendre ses réalisations dans tous les types de bâtiments possibles, En particulier, en 1965. la commande de 2 Collèges d'Enseignement Supérieur et de 2 Collèges d'Enseignement Technique lui a été confiée. Enfin, le Chantier a ouvert une Station-service pour Remorques et Citernes TITAN. Avec toutes ces nouvelles activités, la conversion du Chantier peut être considérée comme en bonne voie. Elles ont permis jusqu'à ce jour de maintenir ses effectifs, un chiffre voisin de celui des dernières années ; environ la moitié de ses effectifs travaille aux fabrications nouvelles. Ce pourcentage devrait croître dans les années qui viennent si le développement espéré dans nos départements se réalise. Malgré cela, il n'en reste pas moins de très nombreux problèmes à résoudre pour s'adapter chaque jour à la conjoncture du moment." ... Cinq ans plus tard, le chantier fermait définitivement.
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